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Par Yolanda Suarez, responsable technique des sinistres corporels, sinistres majeurs et complexes

Les sinistres « de travailleur à travailleur » (W2W) surviennent lorsqu'une personne – généralement employée par une entité – est victime d'un accident sur un lieu de travail en raison de la négligence, des actes ou des omissions d'une autre entité dans le cadre de son activité professionnelle.

Ces litiges concernent de nombreux secteurs, notamment la construction, la logistique, l'industrie manufacturière, la santé, l'hôtellerie-restauration et le secteur de la mise à disposition de personnel. Bien que chaque litige repose sur des faits qui lui sont propres, les enquêtes couronnées de succès s'articulent systématiquement autour de trois éléments clés : le contrôle, le lien de causalité et la responsabilité.

Le contrôle : la question centrale

Déterminer qui exerçait le contrôle est essentiel pour évaluer la responsabilité dans les litiges de type « W2W ». Cependant, cela est rarement simple.

Les chantiers modernes impliquent souvent plusieurs parties, notamment les employeurs d'accueil, les maîtres d'œuvre, les sous-traitants, les agences d'intérim et les travailleurs individuels. Les responsabilités se chevauchent fréquemment, ce qui rend difficile de déterminer :

  • Qui était responsable du salarié blessé ?
  • Qui contrôlait le système de travail ?
  • Qui était responsable de l'usine, des équipements et des conditions sur le site ?

Même si la notion de « contrôle » semble simple, déterminer à qui elle revenait réellement au moment de l'incident nécessite une enquête minutieuse.

Les questions clés

Chaque enquête W2W vise à répondre à deux questions essentielles :

  1. Qui était responsable (ou le plus responsable) ?
  2. Qui exerçait le plus grand contrôle effectif ?

Pour y répondre, experts déterminer :

  • Quelles étaient les obligations de diligence qui incombaient à qui ?
  • Que ces obligations aient été ou non violées
  • Quelle(s) partie(s) était (étaient) responsable(s) de ces infractions ?
  • Si des mesures de sécurité raisonnables ont été mises en œuvre
  • Si un comportement donné n'a pas respecté la norme requise

Avant de pouvoir répartir la responsabilité, il faut d'abord établir le lien de causalité.

L'obligation de diligence non délégable

L'un des principes juridiques fondamentaux qui sous-tendent les demandes d'indemnisation au titre du W2W est l'obligation de diligence de l'employeur, qui ne peut être déléguée.

Un employeur ne peut pas se décharger de sa responsabilité en matière de sécurité des travailleurs au seul motif que le travail est effectué par un tiers. Les employeurs restent tenus de mettre en place un système de travail sûr en :

  • Réduire au minimum les risques prévisibles
  • Formation et encadrement des salariés
  • Mise en œuvre de pratiques de travail sûres

Cette obligation va au-delà des politiques formalisées. Les employeurs doivent veiller activement à ce que les lieux de travail soient sûrs, que les méthodes de travail soient efficaces et que les salariés bénéficient d'une formation, d'une supervision et d'une protection adéquates.

Ce que experts

Dans la pratique, les enquêtes se concentrent sur ce qui s'est réellement passé — et pas seulement sur ce qui a été consigné.

Pour déterminer si un employeur s'est acquitté de son devoir de diligence, experts les éléments suivants :

  • Le site a-t-il fait l'objet d'inspections régulières ?
  • La qualité et la fréquence de ces visites
  • Les responsables ont-ils activement dialogué avec les salariés sur les questions de sécurité ?
  • Si les systèmes de travail sûrs ont fait l'objet d'un suivi et ont été appliqués

La simple présence ne suffit pas. Les employeurs sont tenus d'observer, de poser des questions et d'intervenir si nécessaire.

experts évaluent experts la connaissance qu'a l'employeur des risques, sa capacité à influencer les conditions sur le chantier et s'il a pris des mesures raisonnables pour gérer les risques prévisibles. Ces facteurs sont essentiels pour déterminer si le devoir de diligence a été respecté.

Risques pour les employeurs d'accueil

Lorsqu'un employeur d'accueil exerce un contrôle opérationnel significatif sur le site ou le système de travail, son risque de responsabilité s'en trouve souvent accru.

Parmi les risques courants, on peut citer :

  • Gestion des opérations quotidiennes
  • Notification tardive des réclamations ou des mesures de recouvrement, parfois plusieurs années après l'incident
  • Perte ou altération des éléments de preuve essentiels au fil du temps
  • Dispositions contractuelles susceptibles d'entraîner un transfert de responsabilité

Les tribunaux ont également reconnu que les employeurs d'accueil peuvent avoir envers les travailleurs intérimaires un devoir de diligence similaire à celui qu'ils ont envers leurs propres salariés.

L'importance d'enquêtes précoces et approfondies

Il est essentiel de mener l'enquête dans les meilleurs délais. Tout retard peut entraîner l'indisponibilité des témoins, l'estompement ou le caractère peu fiable des souvenirs, la perte de documents et des lacunes dans les éléments de preuve, ce qui rend difficile l'établissement de la responsabilité.

Les enquêtes menées dès les premiers instants permettent de préserver les éléments de preuve et d'avoir une compréhension plus précise des circonstances de l'incident.

experts examinent experts :

  • Systèmes et procédures en matière de santé et de sécurité au travail
  • Évaluation des risques et identification des dangers
  • Protocoles et registres d'entraînement
  • Quelle partie a mis en place et veillé au respect de systèmes de travail sûrs ?

Les tribunaux soulignent systématiquement que les politiques et procédures documentées ne suffisent pas à elles seules. Les personnes chargées du contrôle doivent activement former, superviser et veiller au respect des pratiques de travail sûres.

Adopter une approche structurée

Les enquêtes efficaces ne se limitent pas à l'incident lui-même, mais examinent le contexte dans son ensemble.

Il s'agit notamment de prendre en compte les éléments suivants :

  • Que s'est-il passé et comment ?
  • Quand et où l'incident s'est-il produit ?
  • Qui était impliqué (directement et indirectement) ?
  • Pourquoi cet incident s'est-il produit ?

experts évaluent experts les rôles et les responsabilités de chaque partie, l'état du site et déterminent si d'autres parties ont contribué à l'incident.

Étude de cas : incident survenu lors du démontage d'une grue

Une enquête récente montre pourquoi le contrôle effectif détermine souvent la responsabilité.

L'incident

Un sous-traitant a été heurté par les câbles d'un pont roulant lors du démontage de celui-ci.

Parties concernées

  • Entrepreneur principal (l'assuré)
  • Entreprises de grues et grutiers
  • Salarié accidenté
  • L'employeur du salarié

Principales conclusions

L'enquête a mis en évidence plusieurs défaillances avant le début des travaux :

  • Une fiche de sécurité des méthodes de travail (SWMS) n'a été fournie que 30 minutes avant le début des travaux.
  • Le maître d'œuvre a autorisé la poursuite des travaux sans avoir examiné le SWMS du grutier.
  • Aucun briefing de sécurité coordonné n'a eu lieu
  • Aucune zone d'exclusion n'a été mise en place
  • La communication entre les parties était insuffisante

Résultat

Bien que l'accident ait été causé par un contact avec des câbles aériens, l'enquête a révélé que la cause première résidait dans l'absence de mise en place d'un système de travail coordonné et efficace garantissant la sécurité.

La responsabilité incombait principalement à l'entrepreneur principal, car c'est lui qui exerçait le contrôle effectif du chantier.

Cette affaire vient renforcer un principe important en matière de réclamations « W2W » : la responsabilité incombe souvent à la partie qui contrôle, dans les faits, l'environnement de travail.

Prise en compte du comportement du salarié accidenté

Le comportement du salarié accidenté peut également avoir une incidence sur la responsabilité.

Les enquêtes visent à déterminer si le salarié :

  • A contribué à l'incident
  • Non-respect des instructions ou des procédures
  • A agi sans faire preuve de la diligence requise

Ces facteurs peuvent avoir une incidence sur la répartition de la responsabilité.

Il est tout aussi important de déterminer le statut du travailleur, à savoir s'il s'agissait d'un salarié, d'un travailleur intérimaire ou d'un prestataire indépendant. Dans certaines circonstances, un prestataire indépendant peut, dans les faits, exercer ses fonctions comme un salarié, ce qui peut avoir des implications sur la couverture d'assurance prévue par une police de responsabilité civile.

Contrats et assurances

Les contrats jouent un rôle important dans les demandes d'indemnisation W2W.

experts examinent experts :

  • Les relations contractuelles entre les parties
  • Responsabilité en matière de supervision, de formation et de sécurité au travail
  • Clauses d'indemnisation et de responsabilité
  • Dispositions en matière d'assurance et de coassurance

Les clauses, exclusions et conditions de la police sont également examinées afin de déterminer l'étendue de la couverture disponible.

Dernières réflexions

Les litiges entre salariés sont souvent complexes par nature, car ils impliquent plusieurs parties, des responsabilités qui se recoupent et, bien souvent, des versions contradictoires des faits.

Toutefois, en mettant l'accent sur les mesures de contrôle concrètes, le lien de causalité et la mise en œuvre de systèmes de travail sûrs, experts se forger une opinion claire et défendable en matière de responsabilité.

En fin de compte, les arguments avancés par W2W viennent renforcer un principe juridique et pratique bien établi : la responsabilité découle du contrôle – et ce contrôle doit être exercé activement, et non pas simplement présumé.

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