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Par Scott Cameron, directeur des opérations sinistres majeurs et complexes, Royaume-Uni

Pendant des décennies, les feux de forêt ont été considérés comme un risque limité à certaines régions, comme le Royaume-Uni, la Grèce, l'Espagne ou la Californie. Cette perception commence à évoluer.

La vague de chaleur record de cette semaine, conjuguée à la confirmation du premier « méga-incendie » jamais enregistré au Royaume-Uni, laisse penser que la Grande-Bretagne pourrait entrer dans une nouvelle ère en matière de risques d'incendies de forêt, avec des conséquences importantes pour l'agriculture, le secteur immobilier et les assureurs.

Un avertissement inscrit dans le ciel

À la fin du mois de mai 2026, le Royaume-Uni a connu certaines des températures printanières les plus extrêmes jamais enregistrées. Le mercure a grimpé jusqu'à 34,8 °C à Londres, avant de remonter à environ 35 °C, établissant ainsi un nouveau record britannique pour le mois de mai. 

Ailleurs, la chaleur était presque aussi intense. Cardiff a frôlé les 33 °C, tandis qu’une grande partie de l’Angleterre et du Pays de Galles a officiellement été touchée par une vague de chaleur. 

Pour replacer les choses dans leur contexte, les températures à la fin du mois de mai se situent généralement entre 14 °C et 20 °C. La récente vague de chaleur a été qualifiée d’exceptionnelle, même selon les normes estivales. Les nuits n’ont guère apporté de répit, certaines régions enregistrant des températures supérieures à 20 °C, ce que l’on appelle des « nuits tropicales », qui accentuent la pression sur les personnes, les terres et les infrastructures. 

Cette combinaison de chaleur, de sécheresse et d'une anticyclone persistante crée les conditions propices aux feux de forêt.

Le premier méga-incendie au Royaume-Uni

Dans ce contexte, les scientifiques ont confirmé qu'un incendie survenu en Écosse en 2025 est devenu le premier « méga-incendie » jamais recensé au Royaume-Uni, ayant ravagé plus de 10 000 hectares.

C'est un événement marquant. Des incendies d'une telle ampleur étaient autrefois considérés comme impossibles dans le climat généralement humide du Royaume-Uni. Mais des conditions exceptionnellement sèches ont permis aux tourbières, habituellement gorgées d'eau, de s'enflammer et de brûler rapidement.

Les experts craignent qu'il ne s'agisse pas d'un événement isolé, mais d'un signe avant-coureur. Cela marque un tournant notable dans la manière dont le risque d'incendie de forêt doit être pris en compte au Royaume-Uni.

Suivre l'exemple de l'Europe ?

En Europe du Sud, les feux de forêt font déjà partie intégrante de l'été. Des pays comme l'Espagne et la Grèce sont confrontés presque chaque année à des incendies de grande ampleur, alimentés par une chaleur persistante et des paysages arides.

La réponse à ce problème est désormais courante : des flottes d'avions puisent de l'eau de mer et la déversent sur des incendies dans des zones reculées, opérant parfois sans interruption pendant plusieurs jours.

Au Royaume-Uni, ce type de réaction reste encore peu répandu. Cependant, à mesure que les températures augmentent et que les périodes de sécheresse se multiplient, il devient de plus en plus difficile d'ignorer cette comparaison. Si l'on peut déjà enregistrer des journées à 35 °C en mai, la question est de savoir combien d'étés il nous reste avant que de telles mesures ne deviennent nécessaires ici aussi.

Les exploitations agricoles en première ligne

C'est dans les zones rurales que les conséquences se font le plus sentir. Les incendies constituent déjà un risque majeur pour l'agriculture britannique, causantchaque annéeplus de100 millions de livres sterlingde dégâts aux cultures, aux bâtiments et aux machines. 

Les vagues de chaleur aggravent la situation. Les champs secs et l'herbe desséchée s'enflamment facilement, transformant en quelques heures de petits incidents en grands incendies.

Le bétail est également vulnérable. Lors des récents incendies de forêt en Écosse, des milliers d'animaux ont péri alors que les flammes se propageaient sur de vastes étendues. 

Même lorsque les exploitations agricoles échappent à des dégâts directs, une chaleur prolongée peut réduire les rendements agricoles et mettre à rude épreuve les ressources en eau, des pertes qu'il est plus difficile de compenser par le biais des assurances.

Pression croissante sur les assureurs

Pour les assureurs, les feux de forêt ne constituent plus un risque lointain ou théorique. Les sinistres liés aux incendies et aux phénomènes météorologiques extrêmes sont déjà en hausse, entraînant chaque année des versements de plusieurs centaines de millions de livres.

La difficulté réside dans le fait que les feux de forêt sont difficiles à prévoir. Contrairement aux inondations, ils ne suivent pas de schémas géographiques fixes. Ils dépendent plutôt des conditions météorologiques, de la végétation et de l'activité humaine, autant de facteurs qui peuvent évoluer rapidement.

En conséquence, les assureurs sont contraints de s'adapter en s'appuyant sur de nouvelles données, la surveillance par satellite et des modèles de risque plus précis. Dans les zones rurales à haut risque, cela pourrait se traduire par une hausse des primes ou un durcissement des conditions des contrats. Cette évolution devrait influencer les pratiques de souscription et la tarification des risques dans l'ensemble des secteurs concernés.

Un tournant

Selon les prévisions, cette tendance ne devrait pas s'inverser. L'été 2026 devrait être plus chaud que la moyenne, avec un risque accru de nouvelles vagues de chaleur et des températures pouvant atteindre plus de 35 °C. 

Les signes indiquent une tendance claire. Le premier méga-incendie au Royaume-Uni et la vague de chaleur record de cette semaine ne sont pas des événements isolés ; ils s'inscrivent dans une évolution plus large.

Les feux de forêt n'atteindront peut-être jamais l'ampleur de ceux observés dans le sud de l'Europe, mais ils ne sont plus une exception au Royaume-Uni. Et à mesure que le climat continue de se réchauffer, l'écart entre la Grande-Bretagne et les régions d'Europe sujettes aux incendies pourrait continuer à se réduire.