26 juillet 2026
Les réclamations entre travailleurs (W2W) surviennent lorsqu'une personne – généralement employée par une entité – est blessée sur un lieu de travail en raison de la négligence, des actes ou des omissions d'une autre entité au cours de son emploi.
Ces réclamations surviennent dans de nombreux secteurs, notamment la construction, la logistique, la fabrication, la santé, l'hôtellerie et le travail temporaire. Bien que chaque cas soit unique, les enquêtes fructueuses s'articulent systématiquement autour de trois points clés : le contrôle, le lien de causalité et la responsabilité.
Contrôle : le problème central
Déterminer qui exerçait le contrôle est fondamental pour évaluer la responsabilité dans les litiges W2W. Cependant, c'est rarement simple.
Les chantiers modernes impliquent souvent de multiples intervenants, notamment les employeurs, les entrepreneurs principaux, les sous-traitants, les agences de placement et les travailleurs. Les responsabilités se chevauchent fréquemment, ce qui rend difficile la détermination :
- Qui était responsable du travailleur blessé ?
- Qui contrôlait le système de travail
- Qui contrôlait l'usine, l'équipement et les conditions du site
Bien que la notion de contrôle semble simple, identifier où elle se situait réellement au moment de l'incident nécessite une enquête approfondie.
Les questions clés
Chaque sondage W2W cherche à répondre à deux questions essentielles :
- Qui était fautif (ou le plus fautif) ?
- Qui exerçait le plus grand contrôle pratique ?
Pour répondre à ces questions, les experts doivent déterminer :
- Quelles obligations de diligence étaient dues, et par qui ?
- Que ces obligations aient été enfreintes
- Quelle(s) partie(s) (ou quelles parties) était/sont responsable(s) de ces infractions ?
- Des mesures de sécurité raisonnables ont-elles été mises en œuvre ?
- Si un comportement quelconque s'est avéré inférieur à la norme requise
Avant de pouvoir répartir les responsabilités, il faut d'abord établir le lien de causalité.
L'obligation de diligence non délégable
Un principe juridique fondamental qui sous-tend les réclamations W2W est l'obligation de diligence non délégable de l'employeur.
Un employeur ne peut se décharger de sa responsabilité en matière de sécurité des travailleurs du seul fait qu'un tiers effectue les travaux. Il demeure responsable de la mise en place d'un système de travail sécuritaire, notamment en :
- Réduire les risques prévisibles
- Formation et supervision des travailleurs
- Faire respecter les pratiques de travail sécuritaires
Cette obligation va au-delà des politiques écrites. Les employeurs doivent veiller activement à ce que les milieux de travail soient sécuritaires, les systèmes de travail efficaces et que les travailleurs soient adéquatement formés, supervisés et protégés.
Ce que recherchent les experts en sinistre
En pratique, les enquêtes se concentrent sur ce qui s'est réellement passé, et non pas simplement sur ce qui a été consigné.
Pour déterminer si un employeur a respecté son obligation de diligence, les experts en sinistre tiennent compte de :
- Le site a-t-il été inspecté régulièrement ?
- La qualité et la fréquence de ces présences
- Les superviseurs ont-ils activement interagi avec les travailleurs sur les questions de sécurité ?
- Si les systèmes de travail sécuritaires étaient surveillés et appliqués
La simple présence ne suffit pas. Les employeurs doivent observer, poser des questions et intervenir si nécessaire.
Les experts évaluent également la connaissance des risques par l'employeur, sa capacité à agir sur les conditions du chantier et les mesures raisonnables qu'il a prises pour gérer les risques prévisibles. Ces facteurs sont essentiels pour déterminer si l'obligation de diligence a été respectée.
Risques pour les employeurs d'accueil
Lorsqu'un employeur hôte exerce un contrôle opérationnel important sur le site ou le système de travail, son exposition à la responsabilité augmente souvent.
Les risques courants incluent :
- Contrôle des opérations quotidiennes
- Avis tardif des réclamations ou des actions de recouvrement, parfois des années après l'incident.
- Perte ou dégradation de preuves essentielles au fil du temps
- Dispositions contractuelles susceptibles de transférer la responsabilité
Les tribunaux ont également reconnu que les employeurs d'accueil peuvent avoir envers les travailleurs intérimaires une obligation de diligence semblable à celle qu'ils ont envers leurs propres employés.
L'importance des enquêtes précoces et approfondies
Il est essentiel de mener l'enquête rapidement. Tout retard peut entraîner l'indisponibilité de témoins, des souvenirs imprécis ou peu fiables, la perte de documents et des lacunes dans les preuves, rendant ainsi la détermination des responsabilités difficile.
Les premières enquêtes permettent de préserver les preuves et de mieux comprendre le déroulement de l'incident.
Les experts en sinistres examinent généralement :
- Systèmes et procédures de santé et sécurité au travail
- Évaluation des risques et identification des risques
- Protocoles et dossiers de formation
- Quel parti a mis en œuvre et fait respecter des systèmes de travail sécuritaires
Les tribunaux insistent régulièrement sur le fait que les politiques et les procédures documentées ne suffisent pas. Les personnes exerçant un contrôle doivent activement former, superviser et faire respecter les pratiques de travail sécuritaires.
Adopter une approche structurée
Les enquêtes efficaces vont au-delà de l'incident immédiat et examinent les circonstances plus générales.
Cela inclut de prendre en considération :
- Qu'est-ce qui s'est passé et comment ?
- Quand et où l'incident s'est produit
- Qui était impliqué (directement et indirectement) ?
- Pourquoi l'incident s'est-il produit ?
Les experts évaluent également les rôles et les responsabilités de chaque partie, l'état du site et si d'autres parties ont contribué à l'incident.
Étude de cas : Incident de démantèlement de grue
Une enquête récente démontre pourquoi le contrôle effectif détermine souvent la responsabilité.
L'incident
Un entrepreneur a été frappé par les câbles d'une grue aérienne alors qu'il démontait celle-ci.
Parties impliquées
- Entrepreneur principal (l'assuré)
- Entreprise de grues et opérateurs
- Travailleur blessé
- L'employeur du travailleur
Principales conclusions
L'enquête a révélé plusieurs lacunes avant même le début des travaux :
- Une déclaration de méthode de travail sécuritaire (SWMS) a été fournie seulement 30 minutes avant le début des travaux.
- L'entrepreneur principal a autorisé la poursuite des travaux sans examiner le SWMS (SWMS) du grutier.
- Aucune réunion d'information coordonnée sur la sécurité n'a eu lieu.
- Aucune zone d'exclusion n'a été établie.
- La communication entre les parties était insuffisante.
Conséquences
Bien que la blessure soit due au contact avec les câbles aériens, l'enquête a révélé que la cause première était le défaut de mise en œuvre d'un système de travail sécuritaire coordonné et efficace.
La responsabilité incombait principalement à l'entrepreneur principal car il exerçait un contrôle pratique sur le chantier.
Cette affaire renforce un principe important en matière de litiges W2W : la responsabilité incombe souvent à la partie qui contrôle l’environnement de travail dans la pratique.
Compte tenu du comportement du travailleur blessé
Le comportement du travailleur blessé peut aussi influencer la responsabilité.
Les enquêtes visent à déterminer si le travailleur :
- A contribué à l'incident
- N'a pas suivi les instructions ou les procédures
- A agi sans diligence raisonnable
Ces facteurs peuvent avoir une incidence sur la répartition des responsabilités.
Il est tout aussi important de déterminer le statut du travailleur, notamment s'il s'agit d'un salarié, d'un travailleur intérimaire ou d'un entrepreneur indépendant. Dans certains cas, un entrepreneur peut exercer des fonctions semblables à celles d'un salarié, ce qui peut avoir des conséquences sur la couverture d'assurance responsabilité civile.
Contrats et assurances
Les contrats jouent un rôle important dans les réclamations liées au travail entre employés.
Les experts en sinistres examinent généralement :
- Les relations contractuelles entre les parties
- Responsabilité en matière de supervision, de formation et de sécurité au travail
- Clauses d'indemnisation et de responsabilité
- Contrats d'assurance et de coassurance
Les termes, exclusions et conditions de la police sont également examinés afin de déterminer l'étendue de la couverture disponible.
Dernières réflexions
Les litiges entre travailleurs sont souvent intrinsèquement complexes car ils impliquent plusieurs parties, des responsabilités qui se chevauchent et souvent des versions contradictoires des faits.
Toutefois, en se concentrant sur le contrôle pratique, la causalité et la mise en œuvre de systèmes de travail sécuritaires, les experts en sinistres peuvent développer une vision claire et défendable de la responsabilité.
En fin de compte, les revendications W2W renforcent un principe juridique et pratique constant : la responsabilité découle du contrôle – et le contrôle doit être exercé activement, et non simplement présumé.
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